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Les politiques linguistiques

Un journal virtuel pour analyser et commenter les politiques linguistiques en Europe

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19

07

2008

Un classement multilingues pour les universités européennes

Chers amis,

je vous signale ce rapport du Sénat français qui montre quelques limites des classements des universités mondiales faits par l'université de Shanghai et par la presse britannique. Le rapport notamment met en évidence qu'il y a une distorsion systématiques dans ces classements qui en bonne partie est due à la langue (comme nous l'avons déjà dit à maintes fois). C'est bien de savoir que la France compte de profiter de son semestre de présidence de l'UE pour mettre en place un système européen d'évaluation des universités.

28

05

2008

Le médiateur européen contre la discrimination lingustique

Cher(e)s ami(e)s,

Le Médiateur européen a critiqué la discrimination linguistique pratiquée par la Commission dans le cadre de la coopération avec les pays tiers dans le domaine de la démocratie et des droits de l'homme. La Commission, en effet, avait décidé de n'admettre que l'anglais, le français et l'espagnol pour présenter des projet. Un projet présenté par une ONG allemande, qui avait envoyé des documents en allemand, a été donc refusé par la Commission sous prétexte (comme toujours) des impératifs "pragmatiques". L'ONG a dénoncé cette pratique comme discriminatoire et le Médiateur lui a donné raison: souvent les raisons pragmatiques ne sont qu'une rationalisation pour justifier les pratiques discriminatoires.

19

05

2008

Justice linguistique dans la communication scientifique

Chers ami(e)s,

la question de la justice linguistique dans le monde, et notamment dans la communication scientifique, a été l'objet d'un colloque ("English-Only Science in a Multilingual World: Costs, Benefits, and Options") organisé à Boston dans le cadre de la réunion de l'American Association for the Advancement of Science. Nous avions déjà abordé la question il y a quelques semaines: dans la communication internationale, et notamment dans la communication scientifique, il n'y a pas de justice. D'un côté, il y a une minorité, les pays anglophones, qui tirent des bénéfices énormes de l'hégémonie de leur langue dans la communication scientifique, par exemple:

  • Monopole de la compétence légitime dans l'écriture et à l'oral.
  • Position épistémologique dominante dans tout processus d'arbitrage (Ils décident qu'est que c'est science ou pas).
  • Distorsion systématique positive pour eux dans tous les classements internationales des universités.


De l'autre côté, il y a la grande majorité de l'humanité, c'est-à-dire "tous les autres", qui parlent d'autres langues, qui sont exclus de la communication et qui doivent faire des efforts énormes pour chercher (souvent en vain) de se rapprocher de la connaissance de l'anglais des native speakers. Tout cela entraîne des conséquences distributives extrêmement injustes.
Je vous invite à ce propos à lire ces articles issus du colloque et apparus dans la prestigieuse revue de sciences naturelles The Scientist :

  1. Most life scientists are working at an enormous disadvantage, and their resentment is growing.
  2. English-Only Science in a Multilingual World: Costs, Benefits, and Options.
  3. How Could International Scientific Communication Be Made Fairer and More Efficient?.
  4. Language and the Ingenuity Gap.


On trouve des prises de position intéressantes aussi dans Nature n. 445, pp. 454-455 (Janvier 2007) (si vous avez accès à la revue, voici le lien)

  1. Lost in translation;


Et finalement dans d'autres revues, par exemple,

  1. Towards a single language in science? A Spanish view.
  2. The Inferior Science and the Dominant Use of English in Knowledge Production.
  3. Finnish Elite speaks English.


C'est pourquoi une politique linguistique internationale re-distributive est urgente et nécessaire, avant que la diversité des langues ne disparaisse complètement.

27

01

2008

Nouvelle politique linguitique britannique

Chers amis

Le Premier Ministre du Royaume Uni, Gordon Brown a annoncé un vaste programme pour la diffusion de l'anglais dans le monde, notamment en Inde et Chine. Lisez bien les mots de Brown: l'effort du British Council pour renforcer la langue anglaise n'est pas fait pour promouvoir les relations entre la Grande Bretagne et les autres pays ( tous les instituts de culture font ça), mais pour diffuser la "langue commune de choix" de tous. Le plan prévoit un site web de soutien à l'apprentissage, plus 750.000 enseignants d'anglais qui seront formés dans le prochains 5 ans en Inde.

M. Brown dit que la Grande Bretagne fait cela pour le bien-être de l'humanité. Il y a cependant un problème. On nous avait dit que la diffusion de l'anglais était un phénomène naturel et historique. Pourquoi alors intervenir? Il doit y avoir bien une raison si les britanniques continuent à dépenser des milliards des livres pour diffuser leur langue (comme le font aussi les autres pays), même si on nous disent qu'elle se diffuserait quand-même.

Regardez sur YouTube la vidéo de Brown

Regardez sur YouTube la vidéo du directeur du British Council

25

01

2008

Le Rapport Attali et la politique linguistique française

Chers amis,

le 23 Janvier a été publié le Rapport Attali, ou Rapport de la Commission pour la Libération de la Croissance Française. Il y a plusieurs points qui touchent les questions linguistiques. Malheureusement, les auteurs ont une vision très réductionniste (voire purement instrumentale) des langues, et donc ils ne sont pas capables d'aller plus loin que de préconiser une augmentation du rôle de l'anglais dans les systèmes éducatif et économique-financier français.

Voici quelques extraits:

  • Page 12: Pour s’inscrire dans la croissance mondiale, la France (c’est à-dire les Français) doit d’abord mettre en place une véritable économie de la connaissance, développant le savoir de tous, de l’informatique au travail en équipe, du français à l’anglais, du primaire au supérieur, de la crèche à la recherche.

Il faut donc:

  • Page 26 : Décision n. 2: Repenser le socle commun des connaissances pour y ajouter le travail en groupe, l’anglais, l’informatique et l’économie.

Et ensuite

  • Page 39: Décision n. 26: Développer les cursus en langues étrangères. Même si l’ensemble des formations doit rester en français, il serait utile de développer des enseignements et des cursus d’abord en anglais, et également en arabe, espagnol et chinois, afin de mieux préparer les étudiants français à la mondialisation et d’attirer des étudiants étrangers.

Ce qui implique ipso facto d'abandonner l'esprit européen de l'enseignement des langues, qui privilège la diversité et les langues de culture européennes.

  • Pag 94: Décision 100: Développer massivement l’enseignement de l’anglais professionnel pour faciliter l’émergence d’activités financières internationales susceptibles de recruter largement des collaborateurs, qualifiés et non qualifiés, pouvant se fondre dans une entreprise internationale.

M. Attali avait déjà recommandé une augmentation du rôle exclusif de l'anglais dans le système universitaire français en 1998, dans le Rapport "pour un modèle européen d’enseignement supérieur". Dans ce rapport Attali disait que:

  • Page 28 Idéalement, la France devra pouvoir devenir partie intégrante naturelle du parcours universitaire des étudiants les plus brillants de tout pays du monde. Pour que la méconnaissance de la langue française ne soit plus un obstacle à la venue d’étudiants étrangers, une partie des enseignements devra être assurée en anglais et au besoin par des enseignants non francophones..
  • Page 28: Les universités françaises devront donc chercher à faire venir vers elles les meilleurs professeurs étrangers en leur facilitant l’obtention de visas, en finançant leurs séjours, en leur assurant des salaires et des conditions de travail satisfaisants, en leur permettant d’enseigner en anglais, en assurant leur intégration dans les équipes de recherche et en leur garantissant les moyens de maintenir, voire d’accroître, leur compétitivité au niveau international.

22

01

2008

Justice linguistique

Chers amis,

Je cite dans la version en italien un article apparu sur le « Corriere della Sera » du 12 Janvier 2008 qui aborde la question de la justice linguistique en Europe et dans le monde. La question est la suivante : l’anglais est une langue internationale utilisée dans plusieurs domaines comme langue véhiculaire. Pour participer "à la communication globale", cependant, il y a des États et des peuples qui n’ont pas besoin d'apprendre l'anglais et d’autres qui en revanche doivent faire l’effort de l’enseigner, de l’apprendre et de la parler comme langue étrangère. Parmi tous ceux qui participent à la communication internationale, il y a donc d'un côté ceux qui sont obligées de payer (ex. coûts d’apprentissage) et qui sont obligées de parler une langue qui n’est pas la sienne, et de l'autre côté ceux qui n'ont pas besoin de dépenser quoi que ce soit. Par exemple, On a calculé qu’au niveau européen le Royaume Uni reçois l’équivalent de 17 milliards d’euros par an du fait de l’hégémonie de la langue anglaise (par exemple, grâce aux cours de langue, grâce aux économies faites par l’État sur l’enseignent des langues étrangères, etc.…). Voilà une claire injustice, une injustice linguistique.

Une solution dans l’immédiat, c’est d’imposer une « taxe » (directe ou indirecte) aux pays anglophones comme mesure de compensation. À mon avis, par exemple, on devrait:

  1. Rendre moins cher l’accès à la propriété intellectuelle en langue anglaise pour tous ceux qui ne sont pas anglophones, et faire payer plus aux anglophones.
  2. Annuler la « correction britannique », dont profite le Royaume Uni depuis 1984, qui coute à L’Union européenne plus de 5 milliards de dollars par an. Ce montant pourrait être utilisé pour financer davantage les services pour le multilinguisme de l’Union européenne et pour créer une agence de révision gratuite des textes scientifique écrits en anglais par des non anglophones.

16

01

2008

Le Ministre italien de l'Université veut imposer l'anglais à tous les doctorants

Le Ministre italien de l’Université et de la Recherche vient de présenter son projet de reforme des règlements des doctorats de recherche.

Selon l’article 5, alinéa g « (les universités définissent au moyen de règlements internes la règlementation des écoles doctorales. Elles doivent obligatoirement prévoir) la composition de la commission d’évaluation pour l'admission et l’évaluation des titres, du curriculum, d’un projet de recherche, de la connaissance des langues étrangères et en tout cas de l’anglais (du candidat)»

Ce qui implique qu'on veut faire de la connaissance de l’anglais le facteur discriminant pour décider qui a le droit ou pas de faire de la recherche ou de la science en Italie. Si le projet est accepté, la connaissance de l’anglais sera jugée comme obligatoire dès le début au nom du règlement pour entreprendre un doctorat dans n’importe quel domaine, soit qu'il s'agisse des sciences politiques, de philologie slave ou d'histoire du Moyen âge ! Par contre, la connaissance de l’italien n’est pas exigée explicitement, ce qui fait que, toutes autres choses égales par ailleurs, il sera plus facile pour un britannique d’accéder aux doctorats en Italie que pour un citoyen italien.

Encore une fois, après le scandale de l’école Polytechnique de Turin, une absurde politique de discrimination linguistique .

15

11

2007

L'italien, langue taxée à l'Ecole Polytechnique de Turin

Chers Amis,

L'École Polytechnique de Turin a décidé qu’à partir de cette année les étudiants italiens qui décident de suivre les programmes de niveau licence (Bachelor, BA) dispensés partiellement ou complètement en anglais ne payeront pas les taxes universitaires pour la première année. En revanche, ceux qui veulent suivre les programmes en italien les devront payer (1500 euros)! Il s’agit là d’une forme de discrimination linguistique absurde. Tout cela trouve confirmation aux pages 4, 18 et 31 du guide aux études. En outre, il y a des programmes d’études en italien ont été supprimés et substitués par des cours uniquement en anglais, déjà à partir de la licence (BA). Le programme en ingénierie textile en italien à Biella, par exemple, a été supprimé et remplacé par un cours en « textile engineering ». Vous pouvez trouver une analyse plus complète à ce sujet sur la version en italien de ce blog. Je trouve tout cela profondément injuste. Pourquoi un étudiant doit être taxé s’il veut étudier dans sa langue ? Pourquoi supprimer les programmes en italien ?